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Il était une fois Mountain Pass

L’histoire romanesque de la mine californienne est un résumé de la guerre économique et géopolitique suscitée par les métaux critiques. Récit.

S’il existe bel et bien un Office du tourisme à Mountain Pass, il n’a que peu d’attractions à recommander aux visiteurs. Ni casino, comme à Las Vegas, la grande ville la plus proche, ni emblème loufoque, tel le plus haut thermomètre du monde installé à Baker, à une soixantaine de kilomètres de là. L’Interstate 15, l’autoroute qui mène dans ce coin reculé de la Californie, n’est en effet bordée que d’un désert rocheux et de quelques motels miteux, couvés par un soleil de plomb.

Pourtant, dans un siècle ou peutêtre davantage, cette petite ville américaine pourrait devenir un musée fascinant, où les touristes du futur pourront revivre la grande bataille des métaux rares qui agite ce début de XXIe siècle, comme les curieux d’aujourd’hui se replongent dans la ruée vers l’or du XIXe siècle en visitant le California State Mining and Mineral Museum, à Mariposa.

Car Mountain Pass abrite une curiosité : une mine à ciel ouvert de 222’000 m2, dont l’histoire épouse étrangement celle des métaux critiques. Le récit débute en 1949. À cette époque, la Russie et les États-Unis entament une course à la bombe atomique la plus puissante, qui va durer tout au long de la Guerre froide. Les besoins en matériaux radioactifs augmentent en conséquence et des prospecteurs sillonnent l’Amérique à la recherche d’uranium et de plutonium. L’un d’entre eux remarque une radioactivité anormalement élevée à Mountain Pass. La Molybdenum Corporation of America achète les terres et l’activité minière débute en 1952.  

Mais si le site contient effectivement des traces d’uranium et de thorium, deux composés radioactifs, ce sont d’autres métaux qui vont faire son succès : les terres rares. Dans les années 1960, la production de Mountain Pass augmente ainsi considérablement pour répondre à la demande d’europium, un métal indispensable à la fabrication des téléviseurs couleur à tube cathodique.

Puis d’autres éléments, principalement le cérium, le lanthane et le néodyme, vont progressivement être puisés ici. Si bien qu’en 1984, la mine californienne satisfait à elle seule près de 100% des besoins américains en terres rares, ainsi que 33% du marché mondial.

L’ENTRÉE EN SCÈNE DE LA CHINE

Mais cette suprématie est de courte durée : « Dès la fin des années 1980, la Chine a commencé à s’intéresser de près à ces éléments, raconte Guillaume Pitron, auteur du livre La Guerre des métaux rares, publié en janvier 2018. Deng Xiaoping (ndlr : numéro un de la Chine de 1978 à 1989) aurait ainsi dit de façon prémonitoire : « Le Moyen-Orient a le pétrole, nous avons les terres rares. » À partir de là, la situation va complètement s’inverser. Les États-Unis, qui ont été les leaders mondiaux de la production de terres rares de 1960 à 1989, vont progressivement laisser le champ libre à l’Empire du Milieu. »

L’arrivée des minerais chinois sur le marché fait chuter les prix. Entre 1992 et 1996, la tonne de terres rares passe ainsi de 11’700 à 7’400 dollars. Mountain Pass est de moins en moins rentable, puis la catastrophe écologique se produit : en 1998, les conduites d’acheminement des eaux usées de la mine explosent, déversant des milliers de litres de boues radioactives dans le lac Ivanpah Dry. C’en est trop pour l’État de Californie qui décide de fermer le complexe en 2002. Une sentence qui arrange tout le monde.

« En raison de l’impact environnemental désastreux des mines de terres rares, Washington était très content de se débarrasser de cette mine et de confier l’extraction de ces métaux à la Chine, explique Patrick Wäger, directeur de la division Technologie et société au Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa), à Dübendorf. D’autant qu’à l’époque, ces éléments n’étaient pas encore perçus comme critiques économiquement. Ils étaient relativement peu utilisés et constituaient un marché de niche. »

Peu à peu, tous les pays abandonnent ainsi leur extraction à la Chine qui inonde la planète entière de matières premières bon marché et finit par s’arroger 95% de la production mondiale des terres rares, sans que personne ne s’inquiète de cette dépendance. Mais voilà qu’en 2011, Pékin décide d’imposer des quotas sur ses exportations, ce qui engendre une hausse fulgurante des cours. En juillet 2011, le prix du dysprosium, par exemple, atteint 3410 dollars le kg, soit une augmentation de 10’500% par rapport à 2002 ! Pour le monde entier, c’est un électrochoc. Car entre-temps, les terres rares sont devenues indispensables à la fabrication de nombreux produits. Sans elles, impossible de faire rouler une voiture électrique ou de faire voler un avion de dernière génération. Nos smartphones et nos ordinateurs en contiennent aussi.

LA RIPOSTE TARDIVE DE WASHINGTON

Au coeur de la bulle gonflée par la panique, Washington décide de relancer immédiatement la production de terres rares sur son sol. La mine de Mountain Pass, abandonnée dix ans plus tôt, rouvre ainsi ses portes en 2012. En plus de réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la Chine, le site se veut un exemple pour le monde entier. « Nous souhaitons bien faire les choses d’un point de vue environnemental », déclare alors Mark Smith, le CEO de Molycorp – la société minière qui exploite le site. Et de fait, l’entreprise Molycorp se présente volontiers comme le producteur de terres rares le plus propre au monde.

Un pied de nez écologique à la Chine, réputée si polluante, mais qui ne durera pas. Dès 2012, le cours des terres rares commence à chuter. « Je pense que Pékin a très vite compris qu’il avait fait une grave erreur en imposant des quotas, poursuit Guillaume Pitron. En effet, la hausse brutale des prix a accéléré tous les projets d’exploitation des métaux critiques dans le monde. Aux États-Unis avec Molycorp, mais aussi en Australie avec Lynas, au Brésil ou au Canada. Du coup, la Chine a rapidement relancé la machine. »

Résultat : les prix s’effondrent aussi brutalement qu’ils s’étaient appréciés. En 2015, le kilo de dysprosium ne coûte plus que 32 dollars et l’action de Molycorp, qui s’échangeait autour de 75 dollars en 2011, ne vaut plus qu’une poignée de cents. Après treize trimestres consécutifs de perte et une dette qui atteint 1,7 milliard de dollars, l’entreprise jette l’éponge le 25 juin 2015. La mine de Mountain Pass, qui se voulait écologique, est de nouveau abandonnée.

 

En 1984, la mine californienne satisfait à elle seule 100% des besoins américains en terres rares, ainsi que 33% du marché mondial

 

Fin de l’histoire ? Pas encore. En 2017, le gisement californien est mis aux enchères. MP Mine Operations LLC pose alors 20,5 millions de dollars sur la table pour acquérir le site. Qui pourrait bien vouloir payer si cher une mine non rentable ? Au capital de ce consortium se trouve un investisseur établi à Chengdu, la capitale de la province du Sichuan : le chinois Shenghe Resources Shareholding Co. « La Chine possède environ 40% des réserves mondiales de terres rares, mais assure 90% de la production mondiale, souligne l’économiste Florian Fizaine, auteur du livre Les métaux rares : opportunité ou menace ? Pékin sait donc que cette position n’est pas tenable à long terme, qu’inexorablement la Chine devra un jour importer ces métaux pour alimenter sa propre industrie. Sa nouvelle politique consiste donc à sécuriser ses approvisionnements en achetant des ressources à l’étranger. » La guerre des métaux critiques ne fait que commencer et l’histoire de Mountain Pass peut continuer.

 
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