Small Caps

« La bourse est un gage de sérieux »

La petite capitalisation française genOway a connu un parcours chaotique sur les marchés depuis son IPO. Les explications de son CEO et fondateur Alexandre Fraichard. 

Par Bertrand Beauté

« Covid-19 » reste un mot magique en Bourse. Le 25 octobre dernier, le titre de genOway s’est apprécié de près de 20%. La raison ? L’entreprise lyonnaise a annoncé la mise au point de la première souris modifiée génétiquement afin de reproduire les symptômes du Covid-19 (lire Swissquote Magazine de septembre 2020). L’utilisation de ce rongeur transgénique permettra de tester les médicaments et les vaccins contre cette maladie, mais aussi de mieux comprendre ses mécanismes. Depuis cette avancée technologique, le titre de genOway est néanmoins retombé. Un nouveau soubresaut dans son histoire mouvementée. Entrée en Bourse en mai 2007 au prix de 4,96 euros, genOway a ensuite connu une descente aux enfers jusqu’à devenir un « penny stock » en valant moins d’un euro à son plus bas en 2009. En 2020, la société a connu un fort rebond avec la pandémie. Mais pour Alexandre Fraichard, fondateur et CEO, l’évolution du cours de son entreprise n’est pas en rapport avec la réalité économique. Interview. 

Pourquoi avez-vous décidé d'entrer en Bourse en 2007 ?

Les entreprises s’introduisent généralement en Bourse afin de lever des fonds. Mais nous, nous n’avions pas besoin d’argent. Si nous sommes entrés en Bourse, c’est avant tout une question d’image. Pour nos clients, qui sont notamment des entreprises pharmaceutiques comme Novartis, Pfizer ou BMS, la Bourse est un gage de sérieux. À tort ou à raison, les sociétés cotées ont une image de pérennité.

Comment s’est passée votre IPO ?

Nous sommes entrés en Bourse en 2007, à une époque où il y avait un véritable engouement pour le secteur biotech. Notre IPO s’est donc bien déroulée. Et puis l’enthousiasme pour les biotechnologies s’est essoufflé en 2008 et les dix années suivantes ont été beaucoup plus difficiles. Beaucoup d’investisseurs que nous rencontrions nous disaient en substance : « On adore votre projet, mais vous êtes trop petits. Nous n’investissons pas dans une boîte dont la capitalisation est inférieure à 100 millions. » Le vrai problème est là : si vous ne franchissez pas la barre des 100 millions d’euros  de capitalisation, vous n’intéressez personne. Aucun analyste, par exemple, ne suit notre valeur. De temps en temps, nous payons pour de la recherche sponsorisée, mais cela ne nous apporte pas grand-chose. Donc, la plupart du temps, il n’y a pas de recherche financière sur genOway. 

La pandémie, qui a mis en lumière l’importance de votre activité, a-t-elle changé la donne ?

Non. Il n’y a toujours aucun analyste qui nous suit. En revanche, la pandémie nous a rappelé une constante : il suffit que quelqu’un achète pour quelques centaines de milliers d’euros de notre action pour que notre cours s’envole. Et inversement. Le moindre article de presse négatif (par exemple faisant l'hypothèse de la fin des tests sur animaux) ou positif (le besoin de souris pour tester les vaccins contre le covid) et notre titre part à la baisse ou à la hausse. Il y a une déconnexion entre la vie économique de l’entreprise et sa vie boursière. Dans ce contexte, nous devons être extrêmement prudents dans notre communication. Lors de l’annonce en octobre de la conception de la souris génétiquement modifiée pour développer le Covid-19, par exemple, nous avons bien insisté sur le fait qu’il s’agit d’un outil de recherche. Il ne mérite pas que notre cours soit multiplié par dix. Nous ne sommes par BioNTech, notre chiffre d’affaires ne va pas passer de quelques millions à plusieurs milliards grâce au covid. Cette prudence est importante parce que lorsque les gens ne comprennent pas bien les informations sur notre entreprise, le cours bouge trop fort. 

Comment vous adaptez-vous aux fluctuations du marché ?

Nous devons conserver une vision à moyen-long terme, afin d’éviter d’avoir à lever des fonds en Bourse. Cela permet de gérer les hauts et les bas du titre. Au début, quand nous venions d’entrer en Bourse, j’avais une vision hyper-rationnelle du marché et je vivais difficilement les fluctuations. Mais en réalité, nous sommes toujours trop petits pour avoir une vraie vie boursière avec des gens qui entrent et qui sortent sans que le titre ne bouge dans tous les sens. Aujourd’hui, que l’action vaille 3 ou 4 euros, cela ne m’empêche plus de dormir. Seule la croissance des ventes et de la rentabilité compte.

Regrettez-vous d’être entré en Bourse ?

Absolument pas. Je suis très positif sur la Bourse. Au-delà de la crédibilité qu’elle nous apporte, elle nous a probablement sauvés. Après l’IPO de 2007, l’un de nos actionnaires historiques a décidé de fermer son fond de venture capital. Il a profité de notre cotation pour se retirer rapidement et vendre ses actions. Cette décision a mis au tapis le cours de genOway pour des années mais, si nous n’avions pas été cotés, cet actionnaire n’aurait pas pu nous quitter aussi simplement. Nous aurions peut-être dû vendre l’entreprise. Je reste reconnaissant pour cela.